Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/95

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qu’aussi là, comme autre part, il est venu aFporter sous son masque sa jalousie amère et sa haine urieuse et ses peines et ses plaies saignantes et ses blessures profondes. C’est le domino noir.

Quant à lsambart, il dansait lourdement, criait fort, intriguait le premier venu et puis il allait s’asseoir à la table de jeu, avec d’autres pierrots, trichait, riait aux éclats, faisait du vacarme, attroupait tout le monde autour de lui, et puis il recommençait. Marguerite, depuis quelque temps, l’avait perdu de vue, lorsqu’elle se sentit frapper sur l’épaule ; elle se retourna.

C’était un pierrot avec une tête de bœufi Elle reconnut notre homme, mais lorsque celui-ci vint à lui dire : «Je te connais bien, beau masque », ce n’était plus sa voix, non, bien sûr, ce n’êtait pas lui. Qu’en savait-elle après tout, car il y en avait tant d’autres du même costume ! Cette mode de porter des têtes d’animaux était alors fort en usage. Quant à la voix elle était déguisée sous le masque. — Je te connais bien, dit le pierrot, veux-tu que je te dise ton nom ?

— Oui.

— Marguerite la rouge, la laide.

Cette voix grêle et chevrotante, cette figure stupide de bœuf’ouvrant ses larges narines, avec son rire imbécile, fit peur à Marguerite ; elle se tapit dans son coin en tremblant.

— Tiens, regarde, continua-t-il, cette jeune fille sauter là.—bas, la reconnais-tu ?

Et il montrait lsabellada, et sa large figure riait toujours et sa voix continuait :

— Elle est plus’olie que toi ; vois-tu comme son sein palpite avec grdce, comme ses mains sont blanches, comme son costume lui dessine bien la taille ? Marguerite trépignait d’impatience, elle se mordait les lèvres ; elle commença à pleurer, et l’on vit ses