Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/118

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lettes de leurs cous, les tatouages de leurs poitrines ; — et cela n’est pas plus criminel que la religion des grecs, des asiatiques et des romains !

Quand j’habitais le temple d’Héliopolis, j’ai souvent considéré tout ce qu’il y a sur les murailles : vautours portant des sceptres, crocodiles pinçant des lyres, figures d’hommes avec des corps de serpent, femmes à tête de vache prosternées devant des dieux ithyphalliques ; et leurs formes surnaturelles m’entraînaient vers d’autres mondes. J’aurais voulu savoir ce que regardent ces yeux tranquilles.

Pour que de la matière ait tant de pouvoir, il faut qu’elle contienne un esprit. L’âme des dieux est attachée à ses images…

Ceux qui ont la beauté des apparences peuvent séduire. Mais les autres…qui sont abjects ou terribles, comment y croire ?…

Et il voit passer à ras du sol des feuilles, des pierres, des coquilles, des branches d’arbres, de vagues représentations d’animaux, puis des espèces de nains hydropiques ; ce sont des dieux. Il éclate de rire.
Un autre rire part derrière lui ; et Hilarion se présente-habillé en ermite, beaucoup plus grand que tout à l’heure, colossal.
Antoine
n’est pas surpris de le revoir.

Qu’il faut être bête pour adorer cela !

Hilarion.

Oh ! Oui, extrêmement bête !

Alors défilent devant eux, des idoles de toutes les