Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/122

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d’éléphant, c’est le dieu solaire, l’inspirateur de la sagesse.

Cet autre, dont les six têtes portent des tours et les quatorze bras des javelots, c’est le prince des armées, le feu dévorateur.

Le vieillard chevauchant un crocodile va laver sur le rivage les âmes des morts. Elles seront tourmentées par cette femme noire aux dents pourries, dominatrice des enfers.

Le chariot tiré par des cavales rouges, que conduit un cocher qui n’a pas de jambes, promène en plein azur le maître du soleil. Le dieu-lune l’accompagne, dans une litière attelée de trois gazelles.

À genoux sur le dos d’un perroquet, la déesse de la beauté présente à l’amour, son fils, sa mamelle ronde. La voici plus loin, qui saute de joie dans les prairies. Regarde ! regarde ! Coiffée d’une mitre éblouissante, elle court sur les blés, sur les flots, monte dans l’air, s’étale partout !

Entre ces dieux siègent les génies des vents, des planètes, des mois, des jours, cent mille autres ! et leurs aspects sont multiples, leurs transformations rapides. En voilà un qui de poisson devient tortue ; il prend la hure d’un sanglier, la taille d’un nain.

Antoine.

Pourquoi faire ?

Hilarion.

Pour rétablir l’équilibre, pour combattre le mal. Mais la vie s’épuise, les formes s’usent ; et il leur faut progresser dans les métamorphoses.