Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/146

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comprendre. De même, ces dieux, sous leurs formes criminelles, peuvent contenir la vérité. Il en reste à voir. Détourne-toi !

Antoine.

Non ! non ! c’est un péril !

Hilarion.

Tu voulais tout à l’heure les connaître. Est-ce que ta foi vacillerait sous des mensonges ? Que crains-tu ?

Les rochers en face d’Antoine sont devenus une montagne.
Une ligne de nuages la coupe à mi-hauteur ; et au-dessus apparaît une autre montagne, énorme, toute verte, que creusent inégalement des vallons, et portant au sommet, dans un bois de lauriers, un palais de bronze à tuiles d’or avec des chapiteaux d’ivoire.
Au milieu du péristyle, sur un trône, Jupiter, colossal et le torse nu, tient la victoire d’une main, la foudre dans l’autre ; et son aigle, entre ses jambes, dresse la tête.
Junon, auprès de lui, roule ses gros yeux, surmontés d’un diadème d’où s’échappe comme une vapeur un voile flottant au vent.
Par derrière, Minerve, debout sur un piédestal, s’appuie contre sa lance. La peau de la Gorgone lui couvre la poitrine ; et un péplos de lin descend à plis réguliers jusqu’aux ongles de ses orteils. Ses yeux glauques, qui brillent sous sa visière, regardent au loin, attentivement.
À la droite du palais, le vieillard Neptune chevauche un dauphin battant de ses nageoires un grand azur qui est le ciel ou la mer, car la perspective de l’Océan continue l’éther bleu ; les deux éléments se confondent.
De l’autre côté, Pluton farouche, en manteau couleur de la nuit, avec une tiare de diamants et un sceptre