Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/157

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Le monde est abominable. L’air manque à ma poitrine !

Ô Mercure, inventeur de la lyre et conducteur des âmes, emporte-moi !

Elle met un doigt sur sa bouche, et décrivant une immense parabole, tombe dans l’abîme.
On n’y voit plus. Les ténèbres sont complètes.
Cependant il s’échappe des prunelles d’Hilarion comme deux flèches rouges.
Antoine
remarque enfin sa haute taille.

Plusieurs fois déjà, pendant que tu parlais, tu m’as semblé grandir ; — et ce n’était pas une illusion. Comment ? Explique-moi… Ta personne m’épouvante !

Des pas se rapprochent.

Qu’est-ce donc ?

Hilarion
étend son bras.

Regarde !

Alors, sous un pâle rayon de lune, Antoine distingue une interminable caravane qui défile sur la crête des roches ; — et chaque voyageur, l’un après l’autre, tombe de la falaise dans le gouffre.
Ce sont d’abord les trois grands dieux de Samothrace, Axieros, Axiokeros, Axiokersa, réunis en faisceau, masqués de pourpre et levant leurs mains.
Esculape s’avance d’un air mélancolique, sans même voir Samos et Télesphore, qui le questionnent avec angoisse. Sosipolis éléen, à forme de python, roule ses