Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/159

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mangeaient le foie de la baleine dans des plats de cuivre battus par des démons ; ou bien, ils écoutaient les sorciers captifs faisant aller leurs mains sur les harpes de pierre.

Ils sont las ! ils ont froid ! La neige alourdit leurs peaux d’ours, et leurs pieds se montrent par les déchirures de leurs sandales.

Ils pleurent les prairies, où sur des tertres de gazon ils reprenaient haleine dans la bataille, les longs navires dont la proue coupait les monts de glace, et les patins qu’ils avaient pour suivre l’orbe des pôles, en portant au bout de leurs bras tout le firmament qui tournait avec eux.

Une rafale de givre les enveloppe.
Antoine abaisse son regard d’un autre côté.
Et il aperçoit, — se détachant en noir sur un fond rouge, — d’étranges personnages avec des mentonnières et des gantelets, qui se renvoient des balles, sautent les uns par-dessus les autres, font des grimaces, dansent frénétiquement.
Hilarion.

Ce sont les dieux de l’Étrurie, les innombrables Æsars.

Voici Tagès, l’inventeur de augures. Il essaye avec une main d’augmenter les divisions du ciel, et, de l’autre, il s’appuie sur la terre. Qu’il y rentre !

Nortia considère la muraille où elle enfonçait des clous pour marquer le nombre des années. La surface en est couverte, et la dernière période accomplie.

Comme deux voyageurs battus par un orage, Kastur et Pulutuk s’abritent en tremblant sous le même manteau.