Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les patriciennes du temps de Marc-Antoine préféraient Libitina.

Et il lui montre, sous des cyprès et des rosiers, une autre femme — vêtue de gaze. Elle sourit ayant autour d’elle des pioches, des brancards, des tentures noires, tous les ustensiles des funérailles. Ses diamants brillent de loin sous des toiles d’araignées. Les larves, comme des squelettes, montrent leurs os entre les branches, et les lémures, qui sont des fantômes, étendent leurs ailes de chauve-souris.
Sur le bord d’un champ, le dieu Terme, déraciné, penche, tout couvert d’ordures.
Au milieu d’un sillon, le grand cadavre de Vertumne est dévoré par des chiens rouges.
Les dieux rustiques s’en éloignent en pleurant, Sartor, Sarrator, Vervactor, Collina, Vallona, Hostilinus, — tous couverts de petits manteaux à capuchon, et chacun portant, soit un hoyau, une fourche, une claie, un épieu.
Hilarion.

C’était leur âme qui faisait prospérer la villa, avec ses colombiers, ses parcs de loirs et d’escargots, ses basses-cours défendues par des filets, ses chaudes écuries embaumées de cèdre.

Ils protégeaient tout le peuple misérable qui traînait les fers de ses jambes sur des cailloux de la Sabine, ceux qui appelaient les porcs au son de la trompe, ceux qui cueillaient les grappes au haut des ormes, ceux qui poussaient par les petits chemins les ânes chargés de fumier. Le laboureur, en haletant sur le manche de sa charrue, les priait de fortifier ses bras ; et les vachers à l’ombre des tilleuls, près des calebasses de lait, alternaient leurs éloges sur des flûtes de roseau.

Antoine soupire.