Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/168

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VI


Il vole sous lui, étendu comme un nageur ; — ses deux ailes grandes ouvertes, en le cachant tout entier, semblent un nuage.
Antoine.

Où vais-je ?

Tout à l’heure j’ai entrevu la forme du maudit. Non ! une nuée m’emporte. Peut-être que je suis mort, et que je monte vers Dieu ?…

Ah ! comme je respire bien ! L’air immaculé me gonfle l’âme. Plus de pesanteur ! plus de souffrance !

En bas, sous moi, la foudre éclate, l’horizon s’élargit, des fleuves s’entre-croisent. Cette tache blonde c’est le désert, cette flaque d’eau l’Océan.

Et d’autres océans paraissent, d’immenses régions que je ne connaissais pas. Voici les pays noirs qui fument comme des brasiers, la zone des neiges obscurcie toujours par des brouillards. Je tâche de découvrir les montagnes où le soleil, chaque soir, va se coucher.