Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/170

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morceau de glace tout rond, plein d’une lumière immobile.
LE DIABLE.

C’était autrefois le séjour des âmes. Le bon Pythagore l’avait même garnie d’oiseaux et de fleurs magnifiques.

Antoine.

Je n’y vois que des plaines désolées, avec des cratères éteints, sous un ciel tout noir.

Allons vers ces astres d’un rayonnement plus doux, afin de contempler les anges qui les tiennent au bout de leurs bras, comme des flambeaux !

LE DIABLE
l’emporte au milieu des étoiles.

Elles s’attirent en même temps qu’elles se repoussent. L’action de chacune résulte des autres et y contribue, — sans le moyen d’un auxiliaire, par la force d’une loi, la seule vertu de l’ordre.

Antoine.

Oui… oui ! Mon intelligence l’embrasse ! C’est une joie supérieure aux plaisirs de la tendresse ! Je halette stupéfait devant l’énormité de Dieu.

LE DIABLE.

Comme le firmament qui s’élève à mesure que tu montes, il grandira sous l’ascension de ta pensée ; — et tu sentiras augmenter ta joie, d’après cette découverte du monde, dans cet élargissement de l’infini.