Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/175

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plus grande, ou plus petite. Il ne peut descendre à un sentiment, ni se contenir dans une forme.

Antoine.

Un jour, pourtant, je le verrai !

LE DIABLE.

Avec les bienheureux, n’est-ce pas ? — quand le fini jouira de l’infini, dans un endroit restreint enfermant l’absolu !

Antoine.

N’importe, il faut qu’il y ait un paradis pour le bien, comme un enfer pour le mal !

LE DIABLE.

L’exigence de ta raison fait-elle la loi des choses ? Sans doute le mal est indifférent à Dieu puisque la terre en est couverte !

Est-ce par impuissance qu’il le supporte, ou par cruauté qu’il le conserve ?

Penses-tu qu’il soit continuellement à rajuster le monde comme une œuvre imparfaite, et qu’il surveille tous les mouvements de tous les êtres depuis le vol du papillon jusqu’à la pensée de l’homme ?

S’il a créé l’univers, sa Providence est superflue. Si la providence existe, la création est défectueuse.

Mais le mal et le bien ne concernent que toi, — comme le jour et la nuit, le plaisir et la peine, la mort et la naissance, qui sont relatifs à un coin de l’étendue, à un milieu spécial, à un intérêt