Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/192

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et de parfums, nous roulons, nous flottons-un peu plus que des rêves, pas des êtres tout à fait…

Les Nisnas
n’ont qu’un œil, qu’une joue, qu’une main, qu’une jambe, qu’une moitié du corps, qu’une moitié du cœur. Et ils disent, très haut :

Nous vivons fort à notre aise dans nos moitiés de maisons, avec nos moitiés de femmes et nos moitiés d’enfants.

Les Blemmyes
absolument privés de tête :

Nos épaules en sont plus larges ; — et il n’y a pas de bœuf, de rhinocéros ni d’éléphant qui soit capable de porter ce que nous portons.

Des espèces de traits, et comme une vague figure empreinte sur nos poitrines, voilà tout ! Nous pensons des digestions, nous subtilisons des sécrétions. Dieu, pour nous, flotte en paix dans des chyles intérieurs.

Nous marchons droit notre chemin, traversant toutes les fanges, côtoyant tous les abîmes ; — et nous sommes les gens les plus laborieux, les plus heureux, les plus vertueux.

Les Pygmées.

Petits bonshommes, nous grouillons sur le monde comme de la vermine sur la bosse d’un dromadaire.

On nous brûle, on nous noie, on nous écrase ; et toujours, nous reparaissons, plus vivaces et plus nombreux, — terribles par la quantité !