Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/302

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que le dieu qui t’a fait terrible m’a fait intrépide " , lui répondis-je. Et il nous renvoya tous sans plus rien dire. Damis à Antoine. Ce qui vous prouve quelle considération déjà il s’était attirée par sa vertu.

ANTOINE

absorbé. Il y a dans tout cela quelque chose d’inexplicable et qui me fait peur. Damis. Toute l’Asie, d’ailleurs, pourra vous dire…

ANTOINE

en sursaut. Merci, je n’ai pas le temps de vous entendre…, à une autre fois…, je suis malade, laissez-moi ! Damis. écoutez donc, rien n’est plus curieux ; il a vu, d’éphèse, tuer Domitien qui était à Rome.

ANTOINE

s’efforçant de rire. Vous raillez ! Est-ce possible ? Damis. C’est pourtant vrai, oui, au théâtre, en plein jour, le quatorzième des calendes d’octobre, tout à coup, il s’écria : " on égorge César ! " et il ajoutait à des reprises inégales : " il roule par terre… il demande son poignard… un petit esclave le chrche… oh ! Oh ! On ne le trouve pas… on n’en apporte que le manche… comme il se débat ! Il se relève… il essaie de fuir… les portes sont fermées… il est tué… le bruit maintenant en court dans la ville… ah ! C’est fini, il est bien mort ! " et ce jour-là, Titus Flavius Domitianus fut assassiné de cette façon.