Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/353

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passeront, tu as eu de pires moments, tu étais si faible quand tu étais petit ! Si tu savais comme je t’ai soigné, bercé, caressé ! Tu es venu au monde respirant à peine, mais moi, avec une joie suprême, de suite je t’ai porté à ma mamelle ; c’est mon lait qui t’a nourri. Va, tu es bien mon fils, mon enfant ; mes entrailles remuent quand tu parles, j’aime à te voir, regarde-moi donc ! Car j 42 prouve en me mirat dans tes yeux des f 2 licit 2 s âcres qui me grattent le coeur. Le Diable appelant. Enfant ! La Science. Quoi ? Le Diable d’un coup d’oeil lui désigne la foi, qui est dans la chapelle. Tu la vois, n’est-ce pas ? La Science. Oui. Le Diable. Partout où elle sera, tu iras, tu la poursuivras, et quand tu l’auras saisie, il faudra la rouler dans la boue, afin qu’elle ne puisse, si elle se relève, jamais se débarbouiller la figure de l’ignominie de sa chute. La Science à part tout en continuant. Ah ! C’est elle, la foi ! Enfin la voilà ! Depuis si longtemps moi qui l’ai cherchée partout ! Dans les conciles qui sont pleins de son nom, aux agapes des fidèles où l’on se grise en son honneur, à l’église, au cimetière, dans le coeur des prêtres, sur les lèvres des enfants… et je ne la trouvais pas ! Ah ! Tu étais ici ! Le Diable. Tant que tu ne l’auras pas tuée, il n’y aura pour toi ni bonheur ni repos. La Science en colère, avec dépit. Ah ! Je le sais bien ! Je le sais bien !