Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/409

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la foudre, où passent des tourbillons de sable, des trombes de vent, des nuages de fumée et qu’éclairent à la fois des lueurs de lune, des rayons de soleil, des crépuscules verdâtres.

ANTOINE.

Le sang de mes veines bat si fort qu’il va les rompre, ma tête éclate en morceaux, mon âme déborde par-dessus moi. Je voudrais m’en aller, partir, fuir ! Moi aussi je suis animal, la vie me grouille au ventre, et je sens des bouillonnements intérieurs comme il y en a dans les fleuves. J’ai envie de voler dans les airs, de nager dans les eaux, de courir dans les bois. Oh ! Comme je serais heureux si j’avais ces membres forts, puissants, ces robustes existences sous leurs cuirs inattaquables ! Il me semble que j’aurais chaud dans le ventre des baleines, et que je respirerais plus à l’aise sur ces vastes envergures. J’ai besoin d’aboyer, de beugler, de hurler. Que n’ai-je des nageoires, une trompe ? Je voudrais vivre dans un antre, souffler de la fumée, porter une trompe, tordre mon corps et me diviser partout, être en tout, m’émaner avec les odeurs, me développer comme les plantes, vibrer comme le son, briller comme le jour, me modeler sous toutes les formes, entrer dans chaque atome, circuler dans la matière, être matière moi-même pour savoir ce qu’elle pense. Tout à coup Le Diable paraissant derrière saint Antoine et ricanant : tu vas le savoir, je vais te l’apprendre ! Sur les côtés, les ombres des péchés capitaux réapparaissent, bondissent d’une manière furieuse. Le diable se rapproche, baisse la tête, et, fondant sur saint Antoine, l’accroche aux reins par ses deux cornes et l’emporte avec lui en criant. Le Cochon cabré sur ses pattes de derrière et regardant saint Antoine qui disparaît dans les airs. Oh ! Que n’ai-je des ailes, comme le cochon de Clazomène !


III