Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/485

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La Voix s’éloignant : j’étais le dieu des armées ! Le seigneur ! Le seigneur dieu ! Alors il se fait un grand silence, tout reste immobile, et l’horizon s’éteignant par degrés reprend les proportions qu’il avait. La mort bâille ; Antoine, étendu par terre au premier plan, la figure contre le sol, les bras le long du corps, immobile et raide comme un cadavre. De temps à autre, seulement, il semble secoué dans toute sa longueur par de grands sanglots muets. La luxure, le dos appuyé contre la cabane et la jambe gauche relevée sur son genou droit, s’amuse à effiler lentement le bas de sa robe, dont les brins de soie, emportés par le vent, vont voltiger tout autour du cochon, s’accrochent à ses poils, tombent dans ses yeux, lui entrent dans le nez. Le cheval de la mort cesse de brouter, il lève les naseaux et hume l’air. Le Diable enfin s’approche de saint Antoine, il allonge la griffe de son pied fourchu, et la lui posant sur les reins crie d’une voix terrible : ils sont passés ! Antoine ne bouge pas. Le Diable à part. Est-il mort ? La Mort vient tourner autour de lui et le regarder. Mais, je ne l’ai pas touché ! La Luxure s’approche à son tour, se baisse à terre, et avec son doigt blanc lui ouvre les paupières. Il ne m’a pas aimée ! Saint Antoine se soulève à demi sur le coude, il ne dit rien, un ruisseau de larmes lui coule sur la figure. Le Diable lentement. Ils sont passés, Antoine !