Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/5

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui lui couvraient la figure, j’ai cru reconnaître Ammonaria…

Cependant… celle-là était plus grande… et belle…, prodigieusement !.

Il se passe les mains sur le front.

Non ! non ! Je ne veux pas y penser !

Une autre fois, Athanase m’appela pour le soutenir contre les ariens. Tout s’est borné à des invectives et à des risées. Mais, depuis lors, il a été calomnié, dépossédé de son siège, mis en fuite. Où est-il, maintenant ? je n’en sais rien ! On s’inquiète si peu de me donner des nouvelles ! Tous mes disciples m’ont quitté, Hilarion comme les autres !

Il avait peut-être quinze ans quand il est venu ; et son intelligence était si curieuse qu’il m’adressait à chaque moment des questions. Puis il écoutait d’un air pensif ; — et les choses dont j’avais besoin, il me les apportait sans murmure, plus leste qu’un chevreau, gai d’ailleurs à faire rire les patriarches. C’était un fils pour moi !

Le ciel est rouge, la terre complètement noire. Sous les rafales du vent des traînées de sable se lèvent comme de grands linceuls, puis retombent. Dans une éclaircie, tout à coup, passent des oiseaux formant un bataillon triangulaire, pareil à un morceau de métal, et dont les bords seuls frémissent..
Antoine les regarde.

Ah ! que je voudrais les suivre !

Combien de fois, aussi, n’ai-je pas contemplé avec envie les longs bateaux, dont les voiles ressemblent à des ailes, et surtout quand ils emmenaient au loin ceux que j’avais reçus chez moi !