Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/51

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Hilarion s’avance au milieu d’eux. Tous le saluent. Antoine, en se serrant contre son épaule, les observe. Il remarque beaucoup de femmes. Plusieurs sont habillées en hommes, avec les cheveux ras ; il en a peur.
Hilarion.

Ce sont des chrétiennes qui ont converti leurs maris. D’ailleurs les femmes sont toujours pour Jésus, même les idolâtres, témoin Procula l’épouse de Pilate, et Poppée la concubine de Néron. Ne tremble plus ! avance !

Et il en arrive d’autres, continuellement.
Ils se multiplient, se dédoublent, légers comme des ombres, tout en faisant une grande clameur où se mêlent des hurlements de rage, des cris d’amour, des cantiques et des objurgations.
Antoine
à voix basse :

Que veulent-ils ?

Hilarion.

Le seigneur a dit : « j’aurais encore à vous parler de bien des choses. » ils possèdent ces choses.

Et il le pousse vers un trône d’or à cinq marches où, entouré de quatre-vingt-quinze disciples, tous frottés d’huile, maigres et très pâles, siège le prophète Manès, beau comme un archange, immobile comme une statue, portant une robe indienne, des escarboucles dans ses cheveux nattés, à sa main gauche un livre d’images peintes, et sous sa droite un globe. Les images repré-