Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/535

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ANTOINE.

Horreur !

Un coup de tonnerre éclate, une fumée épaisse couvre la scène. Antoine ne distingue plus rien.

Je n’ai pas rêvé pourtant ?… non… elles étaient là !… rugissant autour de moi, et ma pensée s’écroulait sous elles, comme les îlots de sable dans les fleuves, qui tombent, par grands blocs, sous les pattes lourdes des crocodiles. Elles parlaient toutes ensemble, et si vite, qu’il m’était impossible de distinguer leurs voix.

Se remettant peu à peu.

Mais il y en avait… qui n’étaient pas… complètement détestables. Comment cela se faisait-il ? Il fallait leur répondre… je n’ai pas tout vu.

Il regarde vaguement de côté et d’autre et il pousse un cri, en apercevant, dans le brouillard, deux hommes couverts de longs vêtements qui descendent jusqu’à leurs pieds. Le premier est de haute taille, de figure douce, de maintien grave ; ses cheveux blonds, séparés par une raie comme ceux du Christ, descendent régulièrement sur ses épaules. Il a jeté un bâton blanc, qu’il portait à la main et que son compagnon a reçu, en faisant une révérence, à la manière des orientaux.

Ce dernier, vêtu pareillement d’une tunique blanche sans broderie, est petit, gras, camard, d’encolure ramassée, les cheveux crépus, une mine naïve.

Ils sont tous les deux sans chaussure, nu-tête et couverts de poussière, comme des gens qui arrivent de voyage.

Que voulez-vous ? Parlez !… allez-vous-en !

Damis c’est le petit homme.

Là ! Là ! Bon ermite ! Ce que je veux ? Je n’en sais rien ! Voici le maître. Quant à partir, la charité du moins exigerait…

ANTOINE.

Ah ! Excusez-moi ! J’ai la tête si troublée !… que vous faut-il ?… asseyez-vous.

Damis s’assoit, l’autre reste debout.

Et votre maître ?