Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/580

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La Femme.

Tu es sot comme un enfant, pasteur à barbe longue !

Le Pasteur en riant.

Quelle joyeuse fille tu fais ! Toi. Je voudrais bien voir ta figure.

La Femme d’un air effrayé.

Non pas ! Non pas !

Elle s’accouve, sa robe jaune s’accroche par la frange aux épines, et le soleil devient si fort, si lumineux, qu’ils disparaissent dans un éblouissement.

Les roches se fendent, les herbes s’enflamment, toute la vallée fume comme si elle était couverte de cratères. De grands nuages glissent sur le ciel, pareils à d’immenses voiles de pourpre emportés par le vent.

ANTOINE

haletant, laisse tomber la bible.

Oh ! J’ai soif ! Ma chair brûle !

Tout disparaît, et, à la lueur oblique de la lune, on aperçoit une onde claire, qui va se perdant sous des troncs d’arbres. Les grosses racines hors de l’eau sont couvertes de mousse. Les branches supérieures se courbent en dôme, et, çà et là, passe un jour verdâtre qui chatoie sur les feuilles, tremblote à la pointe des herbes, scintille contre les cailloux, allonge des moires sur le sable mouillé.

Des vapeurs blanches, suspendues, se déchirent lentement. La rosée coule le long des écorces, et un grand saule traverse tout, avec une liane qui retombe, d’un bout à l’autre.

Ah ! Qu’il fait bon ! Il pleut ! J’entends les gouttes… et ma poitrine se dilate à des senteurs de verdure… comme autrefois, dans ma jeunesse, quand je courais sur les montagnes après les cerfs légers… il tombe en rêverie.

Et la voix des chiens m’arrivait avec le bruit des torrents et le murmure du feuillage.

Deux lévriers accouplés passent leurs museaux par les branches, tout en tirant sur la corde que retient du doigt une jeune femme court vêtue. Elle marche vite en regardant derrière elle. Un petit