Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/70

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Hermogène.

Il habite le soleil !

Et tous les hérésiarques font un cercle autour d’Antoine, qui pleure, la tête dans ses mains.
Un Juif
à barbe rouge, et la peau maculée de lèpre, s’avance tout près de lui ; — et ricanant horriblement :

Son âme était l’âme d’ésaü ! Il souffrait de la maladie bellérophontienne ; et sa mère, la parfumeuse, s’est livrée à Pantherus, un soldat romain, sur des gerbes de maïs, un soir de moisson.

Antoine
vivement, relève sa tête, les regarde sans parler ; puis marchant droit sur eux :

Docteurs, magiciens, évêques et diacres, hommes et fantômes, arrière ! arrière ! Vous êtes tous des mensonges !

Les Hérésiarques.

Nous avons des martyrs plus martyrs que les tiens, des prières plus difficiles, des élans d’amour supérieurs, des extases aussi longues.

Antoine.

Mais pas de révélation ! pas de preuves !

Alors tous brandissent dans l’air des rouleaux de papyrus, des tablettes de bois, des morceaux de cuir, des bandes d’étoffes ; — et se poussant les uns les autres :
Les Cérinthiens.

Voilà l’évangile des hébreux !