Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/77

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leur tête, les enfants au bout de leurs bras ; — et sa queue, sortant par le trou de la muraille, s’en va indéfiniment jusqu’au fond de la mer. Ses anneaux se dédoublent, emplissent la chambre ; ils enferment Antoine.
Les Fidèles
collant leur bouche contre sa peau, s’arrachent le pain qu’il a mordu.

C’est toi ! c’est toi !

Élevé d’abord par Moïse, brisé par Ézéchias, rétabli par le Messie. Il t’avait bu dans les ondes du baptême ; mais tu l’as quitté au Jardin des Olives, et il sentit alors toute sa faiblesse.

Tordu à la barre de la croix, et plus haut que sa tête, en bavant sur la couronne d’épines, tu le regardais mourir. — Car tu n’es pas Jésus, toi, tu es le Verbe ! tu es le Christ !

Antoine s’évanouit d’horreur, et il tombe devant sa cabane sur les éclats de bois, où brûle doucement la torche qui a glissé de sa main.
Cette commotion lui fait entr’ouvrir les yeux, et il aperçoit le Nil, onduleux et clair sous la blancheur de la lune, comme un grand serpent au milieu des sables ; — si bien que l’hallucination le reprenant, il n’a pas quitté les ophites ; ils l’entourent, l’appellent, charrient des bagages, descendent vers le port. Il s’embarque avec eux.
Un temps inappréciable s’écoule.
Puis, la voûte d’une prison l’environne. Des barreaux, devant lui, font des lignes noires sur un fond bleu ; — et à ses côtés, dans l’ombre, des gens pleurent et prient entourés d’autres qui les exhortent et les consolent.
Au dehors, on dirait le bourdonnement d’une foule, et la splendeur d’un jour d’été.
Des voix aiguës crient des pastèques, de l’eau, des