Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/79

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Le Vieillard
n’a pas voulu payer, à l’angle d’un carrefour, devant une statue de Minerve ; et il considère ses compagnons avec un regard qui signifie :

vous auriez dû me secourir ! Des communautés s’arrangent quelquefois pour qu’on les laisse tranquilles. Plusieurs d’entre vous ont même obtenu de ces lettres déclarant faussement qu’on a sacrifié aux idoles.

Il demande :

N’est-ce pas Petrus d’Alexandrie qui a réglé ce qu’on doit faire quand on a fléchi dans les tourments ?

Puis, en lui-même :

ah ! cela est bien dur à mon âge ! mes infirmités me rendent si faible ! Cependant, j’aurais pu vivre jusqu’à l’autre hiver, encore !

Le souvenir de son petit jardin l’attendrit, — et il regarde du côté de l’autel.
Le Jeune Homme
qui a troublé, par des coups, une fête d’Apollon, murmure :

il ne tenait qu’à moi, pourtant, de m’enfuir dans les montagnes !

— Les soldats t’auraient pris,

dit un des frères.

— Oh ! j’aurais fait comme Cyprien, je serais revenu ; et, la seconde fois, j’aurais eu plus de force, bien sûr !