Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/102

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on traversa des villages par une petite route caillouteuse qui faisait sauter les voyageurs sur les banquettes du break. Après un long silence, Mme de Burne se mit à plaisanter son oncle sur l’état de ce chemin ; cela suffit à rompre la glace ; et la gaieté qui flottait dans l’air sembla pénétrer les esprits.

Tout à coup, au sortir d’un hameau, la baie réapparut, non plus jaune comme la veille au soir, mais luisante d’eau claire qui couvrait tout, les sables, les prés salés, et, au dire du cocher, la route elle-même un peu plus loin.

Alors, pendant une heure on alla au pas pour laisser à cette inondation le temps de retourner vers le large.

Les ceintures d’ormes ou de chênes des fermes au milieu desquelles on passait cachaient aux yeux, à tout moment, le profil grandissant de l’Abbaye dressée sur son rocher, en pleine mer maintenant. Puis, entre deux coups, elle se remontrait soudain, de plus en plus proche, de plus en plus surprenante. Le soleil éclairait de tons roux l’église dentelée de granit assise sur son pied de roche.

Michèle de Burne et André Mariolle la contemplaient, puis se regardaient, mêlant l’un et l’autre au trouble naissant ou suraigu de leurs cœurs la poésie de cette apparition dans cette matinée rose de juillet.

On causait avec une aisance amicale. Mme Valsaci contait des histoires tragiques d’enlisements, les