Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/137

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tinue, plus irréfléchie peut-être que volontaire.

Elle ne devait point l’entendre, car elle l’interrompit au milieu d’une phrase pour lui dire :

— Il faut absolument que je m’en aille. Je dois être à six heures chez la marquise de Bratiane, et je vais y arriver fort en retard.

Il la conduisit tout doucement à la porte qu’il lui avait ouverte à son entrée. Ils s’embrassèrent, et, après un coup d’œil furtif dans la rue, elle partit en rasant le mur.

Dès qu’il fut seul, qu’il sentit ce vide subit laissé en nous, après les étreintes, par la femme disparue, et la bizarre petite déchirure faite au cœur par la fuite des pas qui s’éloignent, il lui sembla qu’il était abandonné et solitaire, comme s’il n’avait rien pris d’elle ; et il se mit à marcher par les chemins sablés, en songeant à cette contradiction éternelle de l’espérance et de la réalité.

Il resta là jusqu’à la nuit, se rassérénant peu à peu, et se donnant à elle, de loin, plus assurément qu’elle ne s’était livrée à lui entre ses bras ; puis il rentra en son appartement, dîna sans remarquer ce qu’il mangeait, et se mit à lui écrire.

La journée du lendemain lui parut longue, et la soirée interminable. Il lui écrivit encore. Comment ne lui avait-elle rien répondu, rien fait dire ? Il reçut un court télégramme, le matin du second jour, lui fixant pour le jour suivant un nouveau rendez-vous à la même heure. Ce petit papier bleu le délivra sou-