Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/153

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quête de l’unique Autrichien. Et elle réussit, elle réussira, bien que la petite Frémines lui soit bien supérieure en rosserie, en indifférence réelle et en perversité peut-être. Mais notre amie de Burne est plus savante en coquetterie, plus femme, j’entends femme moderne, c’est-à-dire irrésistible par l’artifice de séduction qui remplace chez elle l’ancien charme naturel. Et ce n’est pas encore l’artifice qu’il faudrait dire, mais l’esthétique, le sens profond de l’esthétique féminine. Toute sa puissance est là. Elle se connaît admirablement, parce qu’elle se plaît à elle-même plus que tout, et elle ne se trompe jamais sur le meilleur moyen de conquérir un homme et de se mettre en valeur pour nous capter.

Mariolle protesta.

— Je crois que vous exagérez ; avec moi elle a été toujours fort simple !

— Parce que la simplicité est le truc qui vous convient. D’ailleurs, je n’en veux pas dire de mal ; je la trouve supérieure à presque toutes ses semblables, mais ce ne sont pas des femmes.

Quelques accords de Massival les firent taire, et Mme de Bratiane chanta la seconde partie du poème, où elle fut vraiment une Didon superbe de passion physique et de désespoir sensuel.

Mais Lamarthe ne quittait pas des yeux le tête-à-tête de Mme de Frémines et du comte de Bernhaus.

Dès que la dernière vibration du piano se fut perdue dans les applaudissements, il reprit, irrité