Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/163

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sée, par ce mécontentement presque physique de l’homme qui n’est pas sûr de sa compagne. Après avoir douté ainsi, il soupçonna.

Qu’était-il pour elle, après tout ? Un premier amant, ou le dixième ? Le successeur direct du mari M. de Burne, ou le successeur de Lamarthe, de Massival, de Georges de Maltry, et le prédécesseur du comte de Bernhaus, peut-être ? Que savait-il d’elle ? Qu’elle était jolie à ravir, élégante plus qu’aucune autre, intelligente, fine, spirituelle, mais changeante, vite lassée, fatiguée, dégoûtée, éprise d’elle-même avant tout et insatiablement coquette. Avait-elle eu un amant — ou des amants avant lui ? Si elle n’en avait pas eu, se serait-elle donnée avec cette crânerie ? Où aurait-elle pris l’audace d’ouvrir la porte de sa chambre, la nuit, dans une auberge ? Serait-elle venue ensuite avec cette facilité dans la maison d’Auteuil ? Avant de s’y rendre, elle avait posé seulement quelques questions de femme expérimentée et prudente. Il avait répondu en homme circonspect, accoutumé à ces rencontres ; et aussitôt elle avait dit « oui », confiante, rassurée, renseignée probablement par des aventures précédentes.

Comme elle avait frappé avec une autorité discrète à cette petite porte derrière laquelle il attendait, lui, défaillant, le cœur battant ! Comme elle était entrée sans émotion visible, préoccupée uniquement de constater si on ne pouvait pas la reconnaître des maisons voisines ! Comme elle s’était sentie chez