Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/195

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lui, de s’émouvoir aux jours de rendez-vous. Elle y parvint en vérité quelquefois, comme on se fait peur, la nuit, en songeant aux voleurs et aux apparitions.

Elle s’efforça même, s’animant un peu à ce jeu de la passion, d’être plus caressante, plus enlaçante. Elle y réussit d’abord assez bien, et l’affola d’ivresse.

Alors elle crut à l’éclosion en elle d’une fièvre un peu semblable à celle dont elle le sentait brûlé. Son ancien espoir intermittent d’amour, entrevu réalisable le soir où elle s’était décidée à se donner, en rêvant sous les brumes laiteuses de la nuit devant la baie du Saint-Michel, renaquit, moins séduisant, moins enveloppé de nuées poétiques et d’idéal, mais plus précis, plus humain, dégagé d’illusions après l’épreuve de la liaison.

Elle avait appelé alors et épié en vain ces grands élans de l’être entier vers un autre être, nés, dit-on, lorsque les corps entraînés par l’émotion des âmes se sont unis. Ces élans n’étaient point venus.

Elle s’obstina cependant à simuler de l’entraînement, à multiplier les rendez-vous, à lui dire : « Je sens que je vous aime de plus en plus. » Mais une fatigue l’envahissait, et une impuissance de se tromper et de le tromper plus longtemps. Elle constatait avec étonnement que les baisers reçus de lui l’importunaient à la longue, bien qu’elle n’y fût point tout à fait insensible. Elle constatait cela par la vague