Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/204

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Elle reprit :

— Ce soir, chez moi, dîner charmant, dont je me réjouis d’avance.

— Qui avez-vous donc ?

— Mais… vous d’abord ; puis Prédolé, que j’ai tant envie de connaître.

— Ah ! vous avez Prédolé ?

— Oui, Lamarthe me l’amène.

— Mais ce n’est pas du tout un homme pour vous, Prédolé ! Les sculpteurs, en général, ne sont pas faits pour plaire aux jolies femmes, et celui-là moins qu’aucun autre.

— Oh ! mon cher, c’est impossible. Je l’admire tant !

Depuis deux mois, à la suite de son exposition de la galerie Varin, le sculpteur Prédolé avait conquis et dompté Paris. On l’estimait déjà, on l’appréciait ; on disait de lui : « Il fait des figurines délicieuses. » Mais lorsque le public artiste et connaisseur fut appelé à juger son œuvre entière réunie dans les salles de la rue Varin, ce fut une explosion d’enthousiasme.

Il y avait là, semblait-il, la révélation d’un charme imprévu, un don si particulier pour traduire l’élégance et la grâce, qu’on croyait assister à la naissance d’une séduction nouvelle de la forme.

Il avait adopté la spécialité des statuettes un peu, très peu, vêtues, dont il exprimait les modelés délicats et voilés avec une perfection inimaginable. Ses