Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


certées de ce qu’on pût prendre tant de goût à de simples contours d’objets.

Quand Prédolé se tut, Lamarthe, emballé et ravi, lui serra la main, et d’une voix amicale attendrie par l’émotion d’un amour commun :

— Vrai, j’ai envie de vous embrasser, dit-il. Vous êtes le seul artiste, le seul passionné et le seul grand homme d’aujourd’hui, le seul qui aimez vraiment ce que vous faites, qui y trouvez du bonheur, qui n’en êtes jamais las ni dégoûté. Vous maniez l’art éternel dans sa forme la plus pure, la plus simple, la plus haute et la plus inaccessible. Vous enfantez le beau par la courbe d’une ligne, et vous ne vous souciez pas d’autre chose. Je bois un verre d’eau-de-vie à votre santé.

Puis la conversation redevint générale, mais languissante, étouffée par les idées qui avaient passé dans l’air de ce joli salon meublé d’objets précieux.

Prédolé s’en alla de bonne heure, en donnant pour raison qu’il était au travail tous les matins au lever du jour.

Lorsqu’il fut parti, Lamarthe, enthousiasmé, demanda à Mme de Burne :

— Eh bien ! comment le trouvez-vous ?

Elle répondit, en hésitant, d’un air mécontent et peu séduit :

— Assez intéressant, mais raseur.

Le romancier sourit, et pensa : « Parbleu, il n’a pas admiré votre toilette ; et vous êtes le seul de vos