Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/254

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


seuse de corde, puis vint, souriante, vers le client. Elle interrogea :

— Monsieur désire ?

— Déjeuner, mademoiselle.

Elle osa dire :

— Ce serait plutôt dîner, car il est trois heures et demie.

Il reprit :

— Disons dîner, si vous le voulez. Je me suis perdu dans la forêt.

Alors elle énonça les plats à la disposition des voyageurs. Il fit son menu et s’assit.

Elle alla donner la commande, puis revint mettre le couvert.

Il la suivait du regard, la trouvant gentille, vive et propre. Vêtue pour le travail, jupe retroussée, manches relevées, le cou au vent, elle avait un petit air alerte et plaisant à voir ; et son corset moulait bien sa taille, dont elle devait être très fière.

La figure, un peu rouge, vermillonnée par le grand air, semblait trop joufflue, empâtée encore, mais d’une fraîcheur de fleur qui s’ouvre, avec de beaux yeux bruns luisants dans lesquels tout semblait briller, une bouche largement ouverte, pleine de belles dents, et des cheveux châtains dont l’abondance révélait l’énergie vivace de ce jeune corps vigoureux.

Elle apportait des radis et du beurre, et il se mit à manger, cessant de la voir. Voulant s’étourdir, il demanda une bouteille de champagne et la but tout