Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/260

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Ne cachait-il pas au fond de lui le vaniteux espoir qu’elle lui écrirait ?

Il demanda à l’une de ses vieilles femmes :

— À quelle heure arrive la poste ?

— À midi, monsieur.

C’était le moment juste. Il se mit à écouter les bruits du dehors avec une grandissante inquiétude. Un coup frappé sur la porte extérieure le souleva. Le piéton n’apportait en effet que des journaux et trois lettres sans importance. Mariolle lut les feuilles publiques, les relut, s’ennuya et sortit.

Que ferait-il ? Il retourna vers le hamac, et s’y étendit de nouveau : or au bout d’une demi-heure un impérieux besoin de changer de place le saisit. La forêt ? Oui, la forêt était délicieuse, mais la solitude y semblait encore plus profonde qu’en sa maison, que dans le village, où passaient parfois quelques bruits de vie. Et cette solitude silencieuse des arbres et des feuilles l’imprégnait de mélancolie et de regrets, le noyait dans sa misère. Il recommença dans sa pensée sa longue promenade de la veille, et, quand il revit la petite bonne alerte de l’hôtel Corot, il se dit : « Tiens ! je vais aller jusque-là, et j’y dînerai ! » Cette idée lui fit du bien ; c’était une occupation, un moyen de gagner quelques heures ; et il se mit en route tout de suite.

La longue rue du village s’allongeait toute droite dans le vallon, entre ses deux rangées de maisons blanches, basses, couvertes en tuiles, les unes ali-