Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/272

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Élisabeth s’enhardissait un peu, et, remarquant, avec son flair féminin, l’abattement constant de son maître, elle lui demandait parfois, quand l’autre bonne n’était pas là :

— Monsieur s’ennuie beaucoup ?

Il répondait avec résignation :

— Oui, pas mal.

— Monsieur devrait se promener.

— Ça ne m’amuserait pas davantage.

Elle avait pour lui des attentions discrètes et dévouées. Chaque matin, en entrant dans son salon il le trouvait plein de fleurs et parfumé comme une serre. Élisabeth assurément devait mettre à contribution les courses des gamins qui lui rapportaient de la forêt des primevères, des violettes, des genêts d’or, ainsi que les petits jardinets du village, où les paysannes arrosaient, le soir, quelques plantes. Lui, dans son abandon, dans sa détresse, dans sa torpeur, lui savait gré, un gré attendri, de cette reconnaissance ingénieuse et du souci deviné sans cesse en elle de lui être agréable dans les moindres choses.

Il lui semblait aussi qu’elle devenait plus jolie, plus soignée, que sa figure était un peu pâlie et pour ainsi dire affinée. Il s’aperçut même un jour, comme elle lui servait son thé, qu’elle n’avait plus des mains de bonne, mais des mains de dame, avec des ongles bien taillés irréprochablement propres. Il remarqua une autre fois qu’elle portait des