Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/308

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Un soupçon, un pressentiment, le poussèrent. Sait-on les étranges divinations qui peuvent naître dans un cœur de femme ? Qu’avait-elle pensé, qu’avait-elle compris ? Où s’était-elle réfugiée, sinon là, si l’ombre de la vérité avait passé devant ses yeux.

Le temple était très sombre, car le soir tombait. Seule la petite lampe au bout de son fil révélait dans le tabernacle l’idéale présence du Consolateur divin. Mariolle, à pas légers, passait le long des bancs. Quand il arriva près du chœur, il aperçut une femme à genoux, la figure dans ses mains. Il s’approcha, la reconnut, lui toucha l’épaule. Ils étaient seuls.

Elle eut une grande secousse en retournant la tête. Elle pleurait.

Il dit :

— Qu’avez-vous ?

Elle murmura :

— J’ai bien compris. Vous êtes ici parce qu’elle vous avait fait de la peine. Elle est venue vous chercher.

Il balbutia, ému de la douleur qu’il faisait naître à son tour :

— Tu te trompes, petite. Je vais, en effet, retourner à Paris, mais je t’emmène avec moi.

Elle répéta, incrédule :

— Ça n’est pas vrai, ça n’est pas vrai !

— Je te le jure.

— Quand ça ?

— Demain.