Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/39

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Lamarthe se mit à rire tout à fait.

— C’est la crise qui commence, dit-il. Vous allez y passer comme nous tous : moi je suis guéri, mais j’ai eu cette maladie-là. Mon cher ami, la crise consiste pour ses amis à ne parler que d’elle quand ils sont ensemble, quand ils se rencontrent, partout où ils se trouvent.

— Dans tous les cas, pour moi, c’est la première fois, et c’est bien naturel, puisque je la connais à peine.

— Soit. Parlons d’elle. Eh bien ! vous allez en devenir amoureux. C’est fatal, tout le monde y passe.

— Elle est donc bien séduisante ?

— Oui et non. Ceux qui aiment les femmes d’autrefois, les femmes à âme, les femmes à cœur, les femmes à sensibilité, les femmes des romans passés, la prennent en grippe, et l’exècrent à tel point qu’ils finissent par dire sur elle des infamies. Les autres, nous, qui goûtons le charme moderne, nous sommes forcés d’avouer qu’elle est délicieuse, pourvu qu’on ne s’attache pas à elle. Et c’est justement ce que tout le monde fait. On n’en meurt pas du reste, on n’en souffre même pas trop ; mais on rage qu’elle ne soit pas différente. Vous y passerez si elle le veut ; d’ailleurs, elle vous gobe déjà.

Mariolle s’écria, écho de sa secrète pensée :

— Oh ! moi, je suis pour elle le premier venu, et je crois qu’elle tient aux titres de toute nature.