Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/81

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ces hautes murailles de feuilles, les gros bœufs blonds, les vaches aux flancs tachetés de vagues dessins bizarres, les taureaux roux au front large, au jabot de chair poilue, à l’air provocateur et fier, debout auprès des clôtures ou couchés dans les pâturages qui ballonnaient leurs ventres, se succédaient indéfiniment à travers la fraîche contrée, dont le sol semblait suer du cidre et de la chair.

Partout de minces rivières glissaient au pied des peupliers, sous des voiles légers de saules ; des ruisseaux brillaient dans l’herbe une seconde, disparaissaient pour reparaître plus loin, baignaient toute la campagne d’une fraîcheur féconde.

Et Mariolle promenait, ravi, et distrayait son amour dans le rapide et continu défilé de ce beau parc à pommiers habité par des troupeaux.

Mais, quand il eut changé de train à la station de Folligny, l’impatience d’arriver l’agita de nouveau, et, pendant les dernières quarante minutes, il tira vingt fois sa montre de sa poche. À tout moment il se penchait à la portière, et il aperçut enfin, sur une colline assez élevée, la ville où Elle l’attendait. Le train avait eu du retard, et une heure seulement le séparait de l’instant où il devait la retrouver, par hasard, à la promenade publique.

Un omnibus d’hôtel l’ayant recueilli, seul voyageur, se mit à gravir, au pas lent des chevaux, la route escarpée d’Avranches, à qui ses maisons, couronnant la hauteur, donnaient de loin un aspect