Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/111

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orange, teints aussi par les premiers froids selon la nature de leur sève.

Jeanne allait et venait à pas lents dans l’avenue de petite mère, le long de la ferme des Couillard. Quelque chose l’appesantissait comme le pressentiment des longs ennuis de la vie monotone qui commençait.

Puis elle s’assit sur le talus où Julien, pour la première fois, lui avait parlé d’amour ; et elle resta là, rêvassant, presque sans songer, alanguie jusqu’au cœur, avec une envie de se coucher, de dormir pour échapper à la tristesse de ce jour.

Tout à coup, elle aperçut une mouette qui traversait le ciel, emportée dans une rafale ; et elle se rappela cet aigle qu’elle avait vu, là-bas, en Corse, dans le sombre val d’Ota. Elle reçut au cœur la vive secousse