Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/129

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


deux bidets inégaux. Mais Marius avait disparu. Se croyant libre jusqu’au soir, il était sans doute parti faire un tour dans la campagne.

Julien furieux pria qu’on le renvoyât à pied ; et, après beaucoup de saluts de part et d’autre, on reprit le chemin des Peuples.

Dès qu’ils furent enfermés dans la calèche, Jeanne et son père, malgré l’obsession pesante qui leur restait de la brutalité de Julien, se remirent à rire en contrefaisant les gestes et les intonations des Briseville. Le baron imitait le mari, Jeanne faisait la femme, mais la baronne un peu froissée dans ses respects leur dit : « Vous avez tort de vous moquer ainsi, ce sont des gens très comme il faut, appartenant à d’excellentes familles. » On se tut pour ne point contrarier petite mère, mais de temps en temps, malgré tout, père et Jeanne recommençaient en se regardant. Il saluait avec cérémonie et, d’un ton solennel : « Votre château des Peuples doit être bien froid, Madame, avec ce grand vent de mer qui le visite tout le jour ? » Elle prenait un air pincé, et minaudant avec un petit frétillement de la tête pareil à celui d’un canard qui se baigne : « Oh ! ici, Monsieur, j’ai de quoi m’occuper toute l’année. Puis nous possédons tant de parents à qui écrire. Et M. de Briseville se décharge de tout sur moi. Il s’occupe de recherches savantes avec l’abbé Pelle. Ils font ensemble l’histoire religieuse de la Normandie. »

La baronne souriait à son tour, contrariée et bienveillante, et répétait : « Ce n’est pas bien de se moquer ainsi des gens de notre classe. »

Mais soudain la voiture s’arrêta ; et Julien criait,