Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


chait sa grande bête normande, d’aplomb là-dessus comme un centaure.

Quand ils eurent disparu au tournant de la barrière, Julien, qui semblait enchanté, s’écria : « Quelles charmantes gens ! Voilà une connaissance qui nous sera utile. »

Jeanne, contente aussi sans savoir pourquoi, répondit : « La petite comtesse est ravissante, je sens que je l’aimerai ; mais le mari a l’air d’une brute. Où les as-tu donc connus ? »

Il se frottait gaiement les mains : « Je les ai rencontrés par hasard chez les Briseville. Le mari semble un peu rude. C’est un chasseur enragé, mais un vrai noble, celui-là. »

Et le dîner fut presque joyeux, comme si un bonheur caché était entré dans la maison.

Et rien de nouveau n’arriva plus jusqu’aux derniers jours de juillet.

Un mardi soir, comme ils étaient assis sous le platane, autour d’une table de bois qui portait deux petits verres et un carafon d’eau-de-vie, Jeanne soudain poussa une sorte de cri, et, devenant très pâle, porta les deux mains à son flanc. Une douleur rapide, aiguë, l’avait brusquement parcourue, puis s’était éteinte aussitôt.

Mais, au bout de dix minutes, une autre douleur la traversa qui fut plus longue, bien que moins vive. Elle eut grand-peine à rentrer, presque portée par son père et son mari. Le court trajet du platane à sa chambre lui parut interminable ; et elle geignait involontairement, demandant à s’asseoir, à s’arrêter, accablée par une sensation intolérable de pesanteur dans le ventre.