Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/189

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Puis, les terres ensemencées furent bientôt remplacées par des prairies, et les prairies par un marécage plein de grands roseaux secs en cette saison, et dont les longues feuilles bruissaient, pareilles à des rubans jaunes.

Tout à coup, après un brusque détour du val, le château de la Vrillette se montra, adossé d’un côté à la pente boisée et, de l’autre, trempant toute sa muraille dans un grand étang que terminait, en face, un bois de hauts sapins escaladant l’autre versant de la vallée.

Il fallut passer par un antique pont-levis et franchir un vaste portail Louis XIII pour pénétrer dans la cour d’honneur, devant un élégant manoir de la même époque à encadrements de briques, flanqué de tourelles coiffées d’ardoises.

Julien expliquait à Jeanne toutes les parties du bâtiment, en habitué qui le connaît à fond. Il en faisait les honneurs, s’extasiant sur sa beauté : « Regarde-moi ce portail ! Est-ce grandiose une habitation comme ça, hein ! Toute l’autre façade est dans l’étang, avec un perron royal qui descend jusqu’à l’eau ; et quatre barques sont amarrées au bas des marches, deux pour le comte et deux pour la comtesse. Là-bas à droite, là où tu vois le rideau de peupliers, c’est la fin de l’étang ; c’est là que commence la rivière qui va jusqu’à Fécamp. C’est plein de sauvagine ce pays. Le comte adore chasser là-dedans. Voilà une vraie résidence seigneuriale. »

La porte d’entrée s’était ouverte, et la pâle comtesse apparut, venant au-devant de ses visiteurs, souriante, vêtue d’une robe traînante comme une châtelaine