Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/230

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danger : « Mon père, je voudrais un autre enfant. » Il ne répondit rien, ne comprenant pas. Alors elle s’expliqua, perdant les mots, effarée.

— Je suis seule dans la vie maintenant ; mon père et mon mari ne s’entendent guère ; ma mère est morte ; et… et… — Elle prononça tout bas en frissonnant… : « L’autre jour j’ai failli perdre mon fils ! Que serais-je devenue alors ? … »

Elle se tut. Le prêtre dérouté la regardait :

— Voyons, arrivez au fait.

Elle répéta : « Je voudrais un autre enfant. »

Alors il sourit, habitué aux grasses plaisanteries des paysans qui ne se gênaient guère devant lui, et il répondit avec un hochement de tête malin :

— Eh bien, il me semble qu’il ne tient qu’à vous.

Elle leva vers lui ses yeux candides, puis, bégayant de confusion : « Mais… mais… vous comprenez que depuis ce… ce que… ce que vous savez de… de cette bonne… mon mari et moi nous vivons… nous vivons tout à fait séparés. »

Accoutumé aux promiscuités et aux mœurs sans dignité des campagnes, il fut étonné de cette révélation ; puis tout à coup il crut deviner le désir véritable de la jeune femme. Il la regarda de coin, plein de bienveillance et de sympathie pour sa détresse : « Oui, je saisis parfaitement. Je comprends que votre… votre veuvage vous pèse. Vous êtes jeune, bien portante. Enfin, c’est naturel, trop naturel. »

Il se remettait à sourire, emporté par sa nature grivoise de prêtre campagnard ; et il tapotait doucement la main de Jeanne : « Ça vous est permis, bien permis même, par les commandements. — L’œuvre de chair