Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/233

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Alors une nuit, la bouche sur sa bouche, elle murmura : « Pourquoi ne te donnes-tu plus à moi tout entier comme autrefois ? »

Il se mit à ricaner : « Parbleu, pour ne pas t’engrosser. »

Elle tressaillit : « Pourquoi donc ne veux-tu plus d’enfants ? »

Il demeura perclus de surprise : « Hein ? tu dis ? mais tu es folle ? Un autre enfant ? Ah ! mais non, par exemple ! C’est déjà trop d’un pour piailler, occuper tout le monde et coûter de l’argent. Un autre enfant ! merci ! »

Elle le saisit dans ses bras, le baisa, l’enveloppa d’amour, et, tout bas : « Oh ! je t’en supplie, rends-moi mère encore une fois. »

Mais il se fâcha comme si elle l’eût blessé : « Ça vraiment, tu perds la tête. Fais-moi grâce de tes bêtises, je te prie. »

Elle se tut et se promit de le forcer par ruse à lui donner le bonheur qu’elle rêvait.

Alors elle essaya de prolonger ses baisers, jouant la comédie d’une ardeur délirante, le liant à elle de ses deux bras crispés en des transports qu’elle simulait. Elle usa de tous les subterfuges ; mais il resta maître de lui ; et pas une fois il ne s’oublia.

Alors, travaillée de plus en plus par son désir acharné, poussée à bout, prête à tout braver, à tout oser, elle retourna chez l’abbé Picot.

Il achevait son déjeuner ; il était fort rouge, ayant toujours des palpitations après ses repas. Dès qu’il la vit entrer, il s’écria : « Eh bien ? » désireux de savoir le résultat de ses négociations.