Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/235

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Résolue maintenant et sans timidité pudique, elle répondit immédiatement : « Mon mari ne veut plus d’enfants. » L’abbé se retourna vers elle, intéressé tout à fait, prêt à fouiller avec une curiosité de prêtre dans ces mystères du lit qui lui rendaient plaisant le confessionnal. Il demanda : « Comment ça ? » Alors, malgré sa détermination, elle se troubla pour expliquer : « Mais il… il… il refuse de me rendre mère. »

L’abbé comprit, il connaissait ces choses ; et il se mit à interroger avec des détails précis et minutieux, une gourmandise d’homme qui jeûne.

Puis il réfléchit quelques instants, et, d’une voix tranquille, comme s’il lui eût parlé de la récolte qui venait bien, il lui traça un plan de conduite habile, réglant tous les points : « Vous n’avez qu’un moyen, ma chère enfant, c’est de lui faire accroire que vous êtes grosse. Il ne s’observera plus ; et vous le deviendrez pour de vrai. »

Elle rougit jusqu’aux yeux ; mais, déterminée à tout, elle insista. « Et… et s’il ne me croit pas ? »

Le curé savait bien les ressources pour conduire et tenir les hommes : « Annoncez votre grossesse à tout le monde, dites-la partout ; il finira par y croire lui-même. »

Puis il ajouta comme pour s’absoudre de ce stratagème : « C’est votre droit, l’Église ne tolère les rapports entre homme et femme que dans le but de la procréation. »

Elle suivit le conseil rusé et, quinze jours plus tard, elle annonçait à Julien qu’elle se croyait grosse. Il eut un sursaut. « Pas possible ! ce n’est pas vrai. »