Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/272

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Il fut décidé qu’à la rentrée on mettrait le jeune homme au collège du Havre ; et il eut, pendant tout l’été, plus de gâteries que jamais.

Sa mère gémissait souvent à la pensée de la séparation. Elle prépara son trousseau comme s’il allait entreprendre un voyage de dix ans ; puis, un matin d’octobre, après une nuit sans sommeil, les deux femmes et le baron montèrent avec lui dans la calèche qui partit au trot des deux chevaux.

On avait déjà choisi, dans un autre voyage, sa place au dortoir et sa place en classe. Jeanne, aidée de tante Lison, passa tout le jour à ranger les hardes dans la petite commode. Comme le meuble ne contenait pas le quart de ce qu’on avait apporté, elle alla trouver le proviseur pour en obtenir un second. L’économe fut appelé ; il représenta que tant de linge et d’effets ne feraient que gêner sans servir jamais ; et il refusa, au nom du règlement, de céder une autre commode. La mère désolée se résolut alors à louer une chambre dans un petit hôtel voisin en recommandant à l’hôtelier d’aller lui-même porter à Poulet tout ce dont il aurait besoin, au premier appel de l’enfant.

Puis on fit un tour sur la jetée pour regarder sortir et entrer les navires.

Le triste soir tomba sur la ville qui s’illuminait peu à peu. On entra pour dîner dans un restaurant. Aucun d’eux n’avait faim ; et ils se regardaient d’un œil humide pendant que les plats défilaient devant eux et s’en retournaient presque pleins.

Puis on se mit en marche lentement vers le collège. Des enfants de toutes les tailles arrivaient de tous les côtés, conduits par leurs familles ou par des domes-