Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/297

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


la mer le comte de Fourville en ce jour terrible de la mort de Julien, à un vieil orme sans tête contre lequel elle s’appuyait souvent, à tout ce jardin familier, des adieux désespérés et sanglotants.

Rosalie vint la prendre par le bras pour la forcer à rentrer.

Un grand paysan de vingt-cinq ans attendait devant la porte. Il la salua d’un ton amical comme s’il la connaissait de longtemps. « Bonjour, madame Jeanne, ça va bien ? La mère m’a dit de venir pour le déménagement. Je voudrais savoir c’que vous emporterez, vu que je ferai ça de temps en temps pour ne pas nuire aux travaux de la terre. »

C’était le fils de sa bonne, le fils de Julien, le frère de Paul.

Il lui sembla que son cœur s’arrêtait ; et pourtant elle aurait voulu embrasser ce garçon.

Elle le regardait, cherchant s’il ressemblait à son mari, s’il ressemblait à son fils. Il était rouge, vigoureux, avec les cheveux blonds et les yeux bleus de sa mère. Et pourtant il ressemblait à Julien. En quoi ? Par quoi ? Elle ne le savait pas trop, mais il avait quelque chose de lui dans l’ensemble de la physionomie.

Le gars reprit : « Si vous pouviez me montrer ça tout de suite, ça m’obligerait. »

Mais elle ne savait pas encore ce qu’elle se déciderait à enlever, sa nouvelle maison étant fort petite ; et elle le pria de revenir au bout de la semaine.

Alors son déménagement la préoccupa, apportant une distraction triste dans sa vie morne et sans attentes.