Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/319

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vous monter dire à M. Paul de Lamare qu’une vieille dame, une amie de sa mère, l’attend en bas ? »

Le portier répondit :

— Il n’habite plus ici, Madame.

Un grand frisson la parcourut. Elle balbutia :

— Ah ! où… où demeure-t-il maintenant ?

— Je ne sais pas.

Elle se sentit étourdie comme si elle allait tomber et elle demeura quelque temps sans pouvoir parler. Enfin, par un effort violent, elle reprit sa raison, et murmura :

— Depuis quand est-il parti ?

L’homme la renseigna abondamment. « Voilà quinze jours. Ils sont partis comme ça, un soir, et pas revenus. Ils devaient partout dans le quartier ; aussi vous comprenez bien qu’ils n’ont pas laissé leur adresse. »

Jeanne voyait des lueurs, des grands jets de flamme, comme si on lui eût tiré des coups de fusil devant les yeux. Mais une idée fixe la soutenait, la faisait demeurer debout, calme en apparence, et réfléchie. Elle voulait savoir et retrouver Poulet.

— Alors il n’a rien dit, en s’en allant ?

— Oh ! rien du tout, ils se sont sauvés pour ne pas payer, voilà.

— Mais, il doit envoyer chercher ses lettres par quelqu’un.

— Plus souvent que je les donnerais. Et puis ils n’en recevaient pas dix par an. Je leur en ai monté une pourtant deux jours avant qu’ils s’en aillent.

C’était sa lettre sans doute. Elle dit précipitamment : « Écoutez, je suis sa mère, à lui, et je suis venue pour le chercher. Voilà dix francs pour vous. Si vous avez