Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/321

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Elle franchit une voûte et se trouva dans un autre jardin entouré d’arcades. Elle reconnut alors le Palais-Royal.

Comme le soleil et la marche l’avaient un peu réchauffée, elle s’assit encore une heure ou deux.

Une foule entrait, une foule élégante qui causait, souriait, saluait, cette foule heureuse dont les femmes sont belles et les hommes riches, qui ne vit que pour la parure et les joies.

Jeanne, effarée d’être au milieu de cette cohue brillante, se leva pour s’enfuir ; mais soudain la pensée lui vint, qu’elle pourrait rencontrer Paul en ce lieu ; et elle se mit à errer en épiant les visages allant et venant sans cesse, d’un bout à l’autre du Jardin, de son pas humble et rapide.

Des gens se retournaient pour la regarder, d’autres riaient et se la montraient. Elle s’en aperçut et se sauva, pensant que, sans doute, on s’amusait de sa tournure et de sa robe à carreaux verts choisie par Rosalie et exécutée sur ses indications par la couturière de Goderville.

Elle n’osait même plus demander sa route aux passants. Elle s’y hasarda pourtant et finit par retrouver son hôtel.

Elle passa le reste du jour sur une chaise, aux pieds de son lit, sans remuer. Puis elle dîna, comme la veille, d’un potage et d’un peu de viande. Puis elle se coucha, accomplissant chaque acte machinalement, par habitude.

Le lendemain elle se rendit à la préfecture de police pour qu’on lui retrouvât son enfant. On ne put rien lui promettre ; on s’en occuperait cependant.

Alors elle vagabonda par les rues, espérant toujours