Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Elle ne disait rien, haletante, le cœur précipité, la respiration coupée. Des branches basses leur caressaient les cheveux ; ils se courbaient souvent pour passer. Elle cueillit une feuille ; deux bêtes à bon Dieu, pareilles à deux frêles coquillages rouges, étaient blotties dessous.

Alors elle dit, innocente et rassurée un peu : « Tiens, un ménage. »

Julien effleura son oreille de sa bouche : « Ce soir vous serez ma femme. »

Quoiqu’elle eût appris bien des choses dans son séjour aux champs, elle ne songeait encore qu’à la poésie de l’amour, et fut surprise. Sa femme ? ne l’était-elle pas déjà ?

Alors il se mit à l’embrasser à petits baisers rapides sur la tempe et sur le cou, là où frisaient les premiers cheveux. Saisie chaque fois par ces baisers d’homme auxquels elle n’était point habituée, elle penchait instinctivement la tête de l’autre côté pour éviter cette caresse qui la ravissait cependant.

Mais ils se trouvèrent soudain sur la lisière du bois. Elle s’arrêta, confuse d’être si loin. Qu’allait-on penser ? « Retournons, » dit-elle.

Il retira le bras dont il serrait sa taille, et, en se tournant tous deux, ils se trouvèrent face à face, si près qu’ils sentirent leurs haleines sur leurs visages ; et ils se regardèrent. Ils se regardèrent d’un de ces regards fixes, aigus, pénétrants, où deux âmes croient se mêler. Ils se cherchèrent dans leurs yeux, derrière leurs yeux, dans cet inconnu impénétrable de l’être ; ils se sondèrent dans une muette et obstinée interrogation. Que seraient-ils l’un pour l’autre ? Que serait