Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/97

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C’était le mâquis, l’impénétrable mâquis, formé de chênes verts, de genévriers, d’arbousiers, de lentisques, d’alaternes, de bruyères, de lauriers-thyms, de myrtes et de buis que reliaient entre eux, les mêlant comme des chevelures, des clématites enlaçantes, des fougères monstrueuses, des chèvrefeuilles, des cystes, des romarins, des lavandes, des ronces, jetant sur le dos des monts une inextricable toison.

Ils avaient faim. Le guide les rejoignit et les conduisit auprès d’une de ces sources charmantes, si fréquentes dans les pays escarpés, fil mince et rond d’eau glacée qui sort d’un petit trou dans la roche et coule au bout d’une feuille de châtaignier disposée par un passant pour amener le courant menu jusqu’à la bouche.

Jeanne se sentait tellement heureuse qu’elle avait grand’peine à ne point jeter des cris d’allégresse.

Ils repartirent et commencèrent à descendre, en contournant le golfe de Sagone.

Vers le soir ils traversèrent Cargèse, le village grec fondé là jadis par une colonie de fugitifs chassés de leur patrie. De grandes et belles filles, aux reins élégants, aux mains longues, à la taille fine, singulièrement gracieuses, formaient un groupe auprès d’une fontaine. Julien leur ayant crié « Bonsoir », elles répondirent d’une voix chantante dans la langue harmonieuse du pays abandonné.

En arrivant à Piana, il fallut demander l’hospitalité comme dans les temps anciens et dans les contrées perdues. Jeanne frissonnait de joie en attendant que s’ouvrît la porte où Julien avait frappé. Oh ! c’était bien un voyage, cela ! avec tout l’imprévu des routes inexplorées.