Page:Héricourt - La Femme affranchie.djvu/15

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Il est vrai que j’élimine Dieu des questions de Droit et de Devoir ; mais c’est parce qu’au point de vue rationnel, il n’est pas le fondement de ces deux notions ; et que, les rattacher à la divinité, c’est les livrer à toutes les chances de mort que subit nécessairement le dogme religieux.

Que font en effet les peuples qui voient en Dieu la source du Droit et du Devoir ? Quand Dieu tombe du piédestal qu’ils lui avaient dressé, le Droit et le Devoir disparaissent avec lui du sanctuaire de la conscience. L’histoire nous montre ces peuples livrant le Droit au despotisme qui le dévore ; l’histoire nous les montre en même temps livrés aux passions égoïstes, se vautrant dans les orgies du sensualisme, c’est à dire ayant perdu l’idée du Devoir et de la dignité de leur nature.

Si Dieu parle, c’est dans les lois de l’univers physique, intellectuel et moral. Son verbe sur la terre, c’est l’humanité se révélant à elle-même, non pas la vérité absolue, mais la vérité indéfiniment progressive.

C’est donc dans les lois et les rapports qui sont en nous et hors de nous que nous pouvons constater, et que nous devons chercher la vérité sur le Droit et le Devoir.

Cependant ne croyez pas, lecteurs, que je méconnaisse l’utilité du sentiment religieux, que je nie l’existence objective des faits inconnus qui servent de fondement aux dogmes ; non, car je ne comprendrais plus pourquoi notre espèce est religieuse ;

Pourquoi elle s’est développée dans le sein des religions ;

Pourquoi les sociétés humaines se dissolvent, lorsque tout dogme a perdu son empire sur les âmes.

Je ne comprendrais plus la grande loi biologique qui institue

T. II.
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