Page:Héricourt - La Femme affranchie.djvu/20

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Évidemment, pour quiconque réfléchit, cette destinée sera d’organiser progressivement une société fondée sur la Justice et la Bienveillance où chacun, ne dépendant que de soi-même, trouvera dans la science, la satisfaction de ses besoins intellectuels, et les principes propres à diriger ses facultés productrices ; dans ses semblables, la satisfaction de ses besoins d’aimer, de s’associer, de perpétuer son espèce ; dans la culture des arts, des sciences, de l’industrie, la satisfaction de ses aptitudes ; et dans les produits qu’il obtient de leur exercice, celle de ses besoins matériels et de ses plaisirs.

Et comme il ne pourra remplir cette tâche d’intérêt humain, sans l’harmoniser lui-même, sans agir profondément sur son globe, sans l’humaniser par l’emploi de son activité, en lui imprimant progressivement le cachet de sa Raison, ou principe d’ordre, il en résulte que la destinée de notre espèce peut être définie ; la création de l’Ordre dans l’Humanité et sur le globe qui lui est soumis.

Cette tâche imposée à l’espèce, requiert une multitude d’aptitudes trop différentes pour qu’elles se trouvent réunies en chacun de nous. Aussi, sous les caractères généraux qui font de nous une seule espèce, se cachent de si profondes dissemblances, qu’on peut établir en principe qu’il y a autant d’hommes différents qu’il y a d’individus masculins, autant de femmes différentes que d’individus féminins. Cette diversité devient évidente en raison de la culture : tout le monde sait que deux paysans se ressemblent bien plus que deux hommes instruits.

De là il suit que la jouissance du droit individuel est la garantie du progrès social, puisque ce progrès dépend du libre